Sofiane Zribi: Couper avec les deux passés, la dictature et la révolution

Sofiane Zribi: Couper avec les deux passés, la dictature et la révolution

La s’achemine lourdement vers la fin des mandatures législative et présidentielle d’ici 2019. Force est de constater qu’aucune relève crédible ne pointe à l’horizon ou du moins celle qui pourrait bénéficier d’un engouement populaire significatif. L’image des grands partis de gauche ou de droite est ternie par des années d’affaires et de démagogie. Les centaines de nouveaux partis formés à la va-vite et à la mesure de l’ego de leurs créateurs sont inaudibles, absents et trop peu représentatifs pour espérer emporter même un strapontin dans ce grand théâtre qu’est devenue la vie en Tunisie. La responsabilité incombe bien évidemment à Ennahdha et à et leur alliance contre nature. Alliance supposée éviter à les scénarios catastrophiques des autres pays du mal nommé printemps arabe mais qui a en fait complètement paralysé le processus démocratique jusqu’à les empêcher d’entreprendre bien des réformes nécessaires tant sur le plan de la économique que sur le plan de la mise en place des institutions supposées contrôler l’exécutif, comme le Tribunal constitutionnel. A l’heure actuelle, bien malin celle ou celui qui pourra deviner la voie que la Tunisie empruntera, qui seront ses dirigeants en 2019. Quel sera l’état de son économie et comment va-t-elle faire pour relever les défis majeurs et lancinants qui lui sont déjà posés?

Sur le plan économique, le pays est en alerte rouge. Il est proche de la cessation de paiement et ce, pour une raison simple, la Tunisie consomme plus qu’elle ne produit! L’augmentation exponentielle depuis 2011 de la masse salariale dans la fonction publique sans contrepartie productive oblige l’Etat à affecter au paiement des salaires les ressources destinées à l’investissement et à recourir à l’endettement grandissant. La corruption à tous les niveaux, la mal et les terribles erreurs dans l’orientation stratégique ont transformé les entreprises publiques en boulets de plomb que traînent année après année les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2011.

Par ailleurs, la contrebande, l’évasion fiscale et le manque d’enthousiasme du secteur libéral envers l’autorité fiscale réduisent de manière considérable les recettes de l’Etat, sans compter les effets pervers du et des grèves sur le et l’investissement étranger. Le tableau ne serait pas complet si on ne parlait pas du rôle négatif joué par l’Ugtt (qui a contrario fait son devoir sur le plan politique pour éviter au pays un clash violent) dans le développement du climat de méfiance des investisseurs étrangers à l’égard de la Tunisie et le développement de l’idée qu’il suffit de faire grève pour tout avoir et après ne plus travailler. Cet état désastreux de notre économie impacte en premier lieu la classe moyenne, qui se voit jour après jour tirée vers le bas, frappée de plein fouet par une inflation grandissante et la baisse de la valeur du dinar, malgré les multiples revalorisations salariales. Or la classe moyenne est le cœur du processus de stabilisation sociale; quand on la touche, c’est toute la Tunisie qui basculera dans le chaos. Risque que prend, sans trop de recul, la nouvelle loi de finances, qui sera bientôt discutée au Parlement et qui ignore totalement l’impact psychologique et les réactions incalculables qu’elle aura sur les forces productives de ce pays. La classe moyenne a d’autant plus de raisons de s’inquiéter, quand on évalue le rendement de plus en plus déplorable de notre système éducatif (décadence entamée depuis l’ère de Ben Ali, il faut le dire), la mauvaise position de nos universités dans les classements internationaux, l’état préoccupant dans lequel se trouvent nos hôpitaux, et l’insécurité quotidienne qui règne dans les rues malgré les efforts du ministère de l’Intérieur. Les régions du nord-ouest et du sud sont en ébullition cyclique car elles se sentent à juste titre non suffisamment écoutées ou prises en considération.

Tous les instituts de sondage dévoilent des chiffres affligeants quant au niveau de défiance de la population vis-à-vis de la classe politique dans son ensemble. Les ne sont plus prêts à faire confiance à personne, perdent espoir et se réfugient davantage dans des dépressives de renfermement sur soi avec, pour les jeunes, le rêve de partir loin, quitte pour certains à risquer leur vie en Méditerranée ou de sombrer dans la drogue et l’alcool. Ce bilan, pessimiste il faut le dire, ne souligne pas moins l’urgence de l’émergence d’une force politique représentative, capable de couper avec les deux passés, révolutionnaire et dictatorial, faite de têtes neuves, capables de faire lien avec le tissu social, conscientes des défis à relever et capables d’insuffler espoir, loin des rancunes et des calculs égoïstes, s’inspirant de la psychologie profonde du Tunisien et non d’une théologie ou d’une idéologie dépassée. Grâce à ses potentialités créatrices, grâce à son imagination débordante, grâce à son regard différent, elle verra des chemins nouveaux vers la croissance, le développement et la cohésion sociale.

Elle n’a de comptes à rendre à aucun passé, seul l’avenir sera sa préoccupation.

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