L’exception tunisienne

L’exception tunisienne

Quarante ans après son aîné Abdelmajid Chetali, Nabil Maâloul est bien parti pour conduire les Aigles de Carthage en Russie après les avoir qualifiés. Confier la sélection à un national est devenu une constante chez nos amis tunisiens.

Depuis samedi dernier, on connaît enfin le nom des cinq représentants du Beau Continent appelés à disputer la phase finale de la Coupe du monde en Russie l’été prochain. Et c’est un contingent africain renouvelé à 80% puisque seul le Nigeria était présent au Brésil en 2014. Exit Ghana, Cameroun, Algérie et Côte d’Ivoire ! Absent depuis 1998, le Maroc fait un retour attendu, tout comme le Sénégal, qu’on n’a pas revu depuis sa folle épopée de 2002. Quant à l’Egypte, il faut remonter à 1990… Dernier larron de la classe africaine, la Tunisie revient après douze ans d’absence. A l’époque, c’est Roger Lemerre qui avait conduit les Aigles de Carthage en Allemagne, accompagné par un adjoint nommé Nabil Maâloul.

En 1978, Chetali avait décroché la première victoire d’une nation africaine en phase finale, aux dépens du Mexique (3-1).

Nommé au printemps dernier (fin avril) après le départ d’Henri Kasperczak, Maâloul a validé la qualification, lui qui l’avait ratée lors de son passage précédent, en 2013. L’ancien taulier de l’Espérance de Tunis, qui a conduit son club de cœur à une victoire en Ligue des champions d’Afrique en 2011, fait valoir une jolie carte de visite. Entraîneur ou sélectionneur, il a également sillonné la planète en qualité de consultant TV et il a même participé aux JO (en 1988) en qualité de joueur, lui qui a aussi évolué en Allemagne. A 55 ans révolus, Maâloul confirme tout simplement une tendance forte dans le football tunisien, qui consiste à confier la sélection engagée en phase finale à un national. C’était le cas en 1978 et Chetali avait décroché la première victoire d’une nation africaine en phase finale, aux dépens du Mexique (3-1).

Si en 1998 (Kasperczak) puis en 2006 (Lemerre) la sélection était dirigée par celui qui l’avait conduite en finale d’une CAN -perdue en 1996, victorieuse en 2004-, on ne peut pas parler de « préférence nationale », la Tunisie ayant souvent confié ses clubs et sa sélection à des techniciens étrangers d’envergure. En 2002, c’est Henri Michel qui était assis sur le banc quelques mois avant la Coupe du monde au Japon et en Corée. Mais une calamiteuse phase finale de CAN au Mali avait abouti à son départ, et c’est le binôme Ammar Souayah-Khemaies Labidi qui s’était assis sur le banc en Asie. Sans grande réussite d’ailleurs.

Troisième Tunisien appelé à diriger son pays lors du grand festin continental, Nabil Maâloul n’a pas toujours été loué par son public. Il a même mangé son pain noir après l’élimination de 2013, passant par le Championnat qatarien (El Jaish) avant de se retrouver propulsé sur le banc du modeste Koweit lors de la Coupe d’Asie des Nations 2015 en Australie. Sauf coup dur, c’est donc cet homme de caractère qui aura la lourde tâche de conduire les Aigles de Carthage en Russie. Des Aigles qui proviennent en majorité du Championnat tunisien, lequel a toujours été un pourvoyeur de talents pour la sélection. D’abord, parce qu’il fait partie des Championnats les plus relevés d’Afrique.

Ensuite, et c’est une conséquence de la première raison, parce que les Tunisiens sont casaniers et ont toujours préféré exercer leur métier au pays plutôt qu’à l’étranger. On vous l’a dit, une vraie exception tunisienne, même si l’Egypte a longtemps fonctionné de la même manière avant de voir ses meilleurs éléments partir en Europe, et faire appel à des techniciens venus des quatre coins du monde… Notons enfin que l’Algérie, même si elle n’est pas qualifiée, a été confiée à trois reprises (sur quatre participations) à des techniciens nationaux : Mekhloufi, Khalef, Saâdane à deux reprises, Halilhodzic ayant officié en 2014 avec la réussite que l’on connaît.

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