« Les derniers nomades » : immersion dans une autre Tunisie

« Les derniers nomades » : immersion dans une autre Tunisie

Le film documentaire Les derniers nomades est, à la fois, une aventure et une découverte. C’est l’aventure du réalisateur Hamdi Ben Ahmed qui a pris l’initiative de vivre un mois durant avec la tribu Rebayaa , une tribu dont les membres ne possèdent ni  papiers, ni bulletin de naissance ayant adopté  le mode de vie nomade de leurs ancêtres, à l’extrémité du sud tunisien, afin de réaliser le documentaire.

Mais, c’est aussi, une découverte pour le spectateur qui se trouve propulsé  61 minutes durant dans l’univers du désert  à la découverte d’une autre  : en tout cas, pas celle des cartes postales.

Projeté, dans le cadre de la 28ème édition des Journées cinématographique de Carthage ( JCC ), à la salle Quatrième art, dans la section « Regard sur le cinéma tunisien », hier, 7 novembre,  produit par la maison de production No Pasaran, Les derniers nomades  semble être  un appel à mieux définir les notions de frontière, civilisation et Etat.

Une heure durant, le spectateur  s’introduit dans le de cette tribu pour se familiariser avec ses problèmes.  Cela n’a été  rendu possible que grâce à un travail acharné mais avec beaucoup de passion.

Sur la genèse du documentaire, le jeune réalisateur confie à leconomistemaghrebin.com qu’il s’est rendu compte accidentellement de l’existence de cette tribu, alors qu’il était à Douz pour assister au festival.

Du coup, il propose à la maison de production de financer un documentaire  sur la tribu et sa quête inlassable d’identité. En effet, aucun de ses membres ne possède de carte d’identité tunisienne.

La tâche n’était pas aisée :pour arriver au territoire de la tribu « il nous a  fallu conduire nos 4×4 pendant deux nuits dans le désert. Une fois arrivés, nous avons installé nos tentes pour passer un mois avec eux afin de les filmer. Au début, il y avait des réticences de leur part étant donné qu’il s’agit d’une très fermée. « Mais  après quelques jours, la tribu a fini par se familiariser avec l’équipe du tournage », se rappelle-t-il.

L’attachement au désert et au mode de vie nomade, telles sont les spécificités de cette tribu dont les compagnons de chaque jour ne sont autres que leurs chameaux et leurs chiens.

Dure est la vie de cette tribu! L’un des témoignages des nomades affirme que quand la tribu doit s’approvisionner en nourriture, elle se trouve obligée de rallier la ville la plus proche, celle de Douz et voyager à dos de chameau pendant quatre jours à l’aller et quatre jours pour le retour.

Malgré tous ces inconvénients, pour rien au la tribu renoncerait à son mode de vie. Cela est perceptible à travers leurs témoignages. Cependant, si les plus âgés  sont résignés à vivre ainsi, les jeunes ne l’entendent pas de cette oreille.  Leurs témoignages sont rendus encore plus poignants par la bande sonore du documentaire présente en filigrane de bout en bout du documentaire.

Les membres de la tribu ont beau soumettre aux autorités tunisiennes des demandes pour obtenir la nationalité, en vain. Et pour cause, les archives de la tribu se trouvent en mais pour eux ils sont et cette terre est la leur. Aucune trace n’existe de cette tribu dans l’administration tunisienne.  « Je suis très fier de cette expériences humaine que j’ai vécue et de ma contribution à donner et visibilité à leur cause », nous dit le réalisateur. Notons aussi que « Les derniers nomades » est  le deuxième documentaire de Hamdi Ben Ahmed et qu’il a pris part, pour sa sa première mondiale, au Millenium Film Festival, en 2016.

Hamza Marzouk

www.leconomistemaghrebin.com