Le transfert de devises des Tunisiens de l’étranger

Le transfert de devises des Tunisiens de l’étranger

Est-il possible d’attirer 3 milliards de dollars supplémentaires par an sans aide d’un pays extérieur ? Difficile diront certains Tunisiens ! C’est pourtant ce que font de manière factuelle respectivement le Tadjikistan et le Maroc.

L’auto-résurrection économique du Tadjikistan

Comment le Tadjikistan, avec tant de handicaps au départ, a-t-il pu connaitre une auto-résurrection économique aussi miraculeuse ? Pour bien comprendre la catastrophique dans laquelle ce pays se trouvait, il faut remonter à la dernière décennie. En 2000, Le Tadjikistan, 9 millions d’habitants, est officiellement classé comme faisant partie des cinq pays les plus pauvres du . En 2001, avec un État déliquescent et une économie à l’agonie, le pays connaît l’une des famines les plus terribles du moderne ! Et géographiquement, le pays n’est pas aidé, puisqu’il est voisin direct de l’instable Afghanistan. Ainsi, depuis des décennies, ses volontés de développement du tourisme et d’attraction des investisseurs souffrent des contrecoups géopolitiques de ce voisin en guerre depuis des décennies. En 2016, le Tadjikistan fait une croissance de 7,1 % et à un PIB de 8 milliards de dollars. Si le pays reste fragile, il est économiquement sur un courant ascendant. Les raisons de son succès se résument en deux axes : le de devises des TRE (Tadjiks résidant à l’étranger) et la facilitation de leurs investissements dans le monde des affaires tadjik.

Dès 2003, le Tadjik, dans une catastrophique, supplie les internationales de l’aider. Mais mis à part quelques aides à la marge, il n’obtient rien. Face à une solidarité internationale qui ne tient pas ses promesses (un peu comme la ), presque du jour au lendemain, il mise tout sur sa diaspora. Celle-ci inférieure en de celle de la Tunisie, et dont la structure socio professionnelle à l’étranger est de moins bonne qualité que celle de la Tunisie (essentiellement des ouvriers, et agents d’entretien travaillant en Russie), est invitée à rapatrier un maximum de devise dans les banques du pays. Et tout est fait pour faciliter ces transferts. Si aujourd’hui, suite à une pression américaine, il y a une règlementation plus stricte qui encadre ces transferts par le contrôle de leur origine, pendant longtemps, les banques tadjikes toléraient le dépôt en espèce de sommes importantes sur les comptes bancaires, sans déclaration préalable lors du passage en douane et sans plafond. Et aujourd’hui, les résultats sont là, selon les chiffres de la banque mondiale chaque année plus de 4 milliards, 40 % du PIB annuel, de dollars arrivent dans le pays. Le champion d’attraction des devises des MRESur ce terrain, le Maroc est un sportif de haut niveau. Alors que 2015 était déjà une belle année selon les experts internationaux (et ce malgré le fait que les chiffres officiels ne tiennent pas compte du de devises en espèce clandestin), 2016 fait encore mieux, car durant cette année, les MRE (Marocains résidents à l’étranger) ont transféré presque 7 milliards de dollars au Maroc. Et l’on ne parle pas ici des investissements de la diaspora marocaine ! qui s’élèvent à environ 700 millions de dollars par an en raison d’une très grande facilité pour créer une quand on est MRE. Comme au Tadjikistan, au Maroc, l’argent des MRE est le bienvenu.  Tout est d’ailleurs facilité pour l’attirer. Les banques marocaines ouvrent des succursales là où les MRE sont nombreux et les avantages procurés sont sans commune mesure. doit compter sur elle-mêmeAu moment où nous écrivons ces lignes, le plan Marshall, dont tout le monde parle et tant espéré pour aider la jeune démocratie tunisienne, n’arrivera sans doute jamais. De toute façon, jusqu’ici, la Tunisie a tenu bon seule. L’aide des bailleurs internationaux a été cosmétique et celle de l’Europe maigre au regard des enjeux. (Par exemple, la Grèce a reçu près de 500 milliards d’euros d’aide entre 2011 et 2016) contre environ 2 milliards réellement reçus pour la Tunisie depuis 2011. La Tunisie, comme le et le Tadjikistan, aurait tout intérêt à créer ou renforcer ses participations dans une banque qu’elle contrôle et s’en servir pour attirer, contre garantie et avantages, les devises des TRE (Tunisiens résidents à l’étranger).
Jamel Dridi

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