Il faut tirer profit de l’expérience portugaise

Il faut tirer profit de l’expérience portugaise

Proche géographiquement, semblable démographiquement, pas si lointain culturellement… Le Portugal est perçu par les diplomates tunisiens comme un interlocuteur de la plus haute importance, un perchoir essentiel, voire un avocat incontournable auprès des autorités européennes. D’un point de vue économique, il s’agit d’un pays qui a traversé une période de récession au cours des années 1970, en raison de la phase chaotique qui a suivi immédiatement la révolution des Œillets, mais qui a pu tirer profit de son entrée dans la Communauté économique européenne en 1986.

Le Portugal a profité des fonds structurels de l’Union, de l’apport de capitaux étrangers, des aides communautaires et de son entrée dans le marché commun européen pour amorcer rapidement un nouveau cycle de croissance et connaître ainsi une embellie économique. «Tous ces fonds lui ont permis de financer des projets économiques importants, souligne Ridha Farhat, ambassadeur de Tunisie au Portugal de 2005 à 2010. Le passage récent de ce pays d’une économie sous-développée à une économie moderne, tertiarisée et dynamique devrait constituer pour nous, grâce à nos similitudes et malgré nos contraintes internes, un point d’appui exemplaire».

Davantage qu’un simple pourvoyeur de «jobs», le Portugal est porteur d’une histoire singulière qui pourrait faire l’objet d’un partage d’expérience et de connaissances. Une spécificité qui fait de l’ex-empire «un interlocuteur avec qui nous discutons d’égal à égal, affirme M. Farhat. Il n’y a aucune volonté de la part de ce pays de se positionner en acteur économique hégémonique ou concurrent par rapport à d’autres investisseurs étrangers».  La Tunisie constitue donc à la fois, du point de vue portugais, un marché émergent plein de potentialités pour les investisseurs et un partenaire avec qui il est possible d’établir des accords bilatéraux gagnant-gagnant.

La Tunisie a d’ailleurs signé un traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec le Portugal, le 17 juin 2003 à Tunis. Ce dernier prévoit notamment des rencontres régulières entre les chefs gouvernementaux et représentants officiels des deux pays dans le but de renforcer les relations culturelles et économiques. «Aujourd’hui, ce sont 700 millions d’euros qui sont investis par les entreprises portugaises en Tunisie dans les domaines du textile, de l’habillement, de l’agroalimentaire ou encore de l’industrie du ciment», explique à Leaders M. José Frederico Ludovice, actuel ambassadeur du Portugal en Tunisie. Inversement, la Tunisie, via l’implantation au Portugal, en 1993, de l’entreprise de fabrication de câbles électriques Coficab – présidée par Hichem Elloumi -, participe activement au développement de la région de Guarda. Le dynamisme et le potentiel innovant de cette unique société tunisienne installée au Portugal, dont la part de marché en Europe s’élève à 30%, ont d’ailleurs valu à M. Elloumi d’être décoré en 2015 des insignes de «Grand officier de l’ordre du mérite industriel portugais».

La nature des liens entre les deux pays ne s’arrête toutefois pas au champ économique. «En 2004, un protocole entre le Service hydrographique et océanographique de la marine de Tunisie et l’Institut hydrographique de la marine du Portugal a été signé sur la coopération scientifique et technique dans le domaine de l’hydrographie et l’océanographie, peut-on lire dans un article publié dans le numéro de 2004 de l’Année du Maghreb, revue de l’Iremam (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman). Les deux pays ont par ailleurs signé en 1994 un accord de promotion et de protection réciproque des investissements, et une convention pour éviter la double imposition et prévenir l’évasion fiscale en 2000».

Mais si nous avons déjà mis en place un programme de mise à niveau en 1990 qui s’est largement inspiré de l’expérience portugaise, il faudrait aujourd’hui aller plus loin, soutient Ridha Farhat. «Ce pays a beaucoup à nous apporter. Nous gagnerions des deux côtés à établir des politiques de coopération dans une perspective méditerranéenne, que ce soit en matière de culture, de défense, de sécurité, de dépollution ou de politique migratoire».

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