Houcine Dimassi, ancien ministre des Finances, réagit au discours du chef du gouvernement à l’ARP : « Les moteurs du développement sont grippés »

Houcine Dimassi, ancien ministre des Finances, réagit au
discours du chef du gouvernement à l’ARP : « Les moteurs du
développement sont grippés »
La croissance pourrait être de -6% au cours de cette année compte tenu des indicateurs économiques à la baisse dans presque tous les secteurs. Le du Chef du gouvernement à l’ARP a, en effet, mis en cause une économie fragile aggravée par le Covid-19. Houcine Dimassi, ancien ministre des Finances, nous explique les défaillances de l’économie tunisienne et les moyens pour s’en sortir

La situation économique de est délicate et vulnérable. Le moindre choc extérieur peut causer des dégâts importants comme ce fut le cas lors du coronavirus qui a mis à rude épreuve une économie qui souffre déjà des problèmes structurels. Les réformes tardent à venir et le déficit budgétaire s’aggrave alors que l’endettement augmente d’une année à l’autre en dépit de la volonté du gouvernement de maîtriser le d’endettement et de rationaliser les dépenses. D’ailleurs, le Chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh, a estimé que la enregistrera, en 2020, un taux de croissance sans précédent d’environ -6,8%, selon des estimations actualisées.

Contacté par La Presse, Houcine Dimassi, ancien ministre des Finances, nous a indiqué qu’ « en milieu d’année, il est difficile de prévoir de façon précise le taux de croissance de l’année. Mais cette croissance dépend dans une large mesure de la saison touristique. Si celle-ci est satisfaisante au niveau des indicateurs, le taux de croissance en dépendra ». En tout cas, un taux de croissance de 0% et moins ne résout pas les problèmes de dont le taux de chômage ne cesse d’augmenter.

« Une économie blasée »

Pour Houcine Dimassi, « notre économie même sans la pandémie du Covid-19 est blasée. La pandémie n’a fait qu’aggraver la situation. Les difficultés de l’économie tunisienne sont dues au fait que les moteurs de développement sont grippés. En effet, les exportations sont en recul en prix constants pour la troisième année consécutive et concernent les agricoles et industriels. L’investissement est également en baisse. Cela ne concerne pas uniquement le secteur privé, mais depuis trois ou quatre ans, le secteur lui a emboîté le pas. On peut  citer aussi le budget de l’Etat en recul ainsi que la demande intérieure qui a chuté notamment à cause du coronavirus ».

D’où la nécessité de prendre les mesures audacieuses nécessaires et d’effectuer les réformes qui s’imposent pour espérer voir les indicateurs de notre économie s’améliorer et assurer la relance escomptée. Le Chef du gouvernement a, en tout cas, précisé dans son devant l’Assemblée des représentant du peuple (ARP), lors d’une consacrée à un dialogue sur le bilan des 100 premiers jours du gouvernement, que le taux de croissance pourrait atteindre -6,8%, en se basant sur les estimations de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI) et d’autres partenaires de .

Et d’ajouter que n’a pas enregistré un taux de croissance pareil même en 2011 puisqu’il s’est situé à  -2% après la révolution. Cela  entraînera la perte de 130.000 emplois supplémentaires. Et Houcine Dimassi d’expliquer que « les finances publiques sont dans une situation précaire, l’investissement de l’Etat est faible alors que le système de la sécurité sociale est en danger et risque de ne plus pouvoir assumer sa mission au cours des années à venir si des réformes en profondeur ne sont pas menées. A cela s’ajoute la situation financière déficitaires de toutes les entreprises publiques ».

Notre interlocuteur évoque aussi le secteur bancaire « qui n’arrive plus à assumer sa mission comme il se doit en privilégiant la sous toutes ses formes. Même l’administration tunisienne constitue un handicap et non un stimulateur de l’investissement. Cela fait 10 ans que je fais les mêmes remarques sans que les gouvernements successifs n’osent faire les réformes nécessaires. Au contraire, ils vont dans le sens inverse, ce qui complique davantage la situation ».

Durabilité des institutions menacée

Le chef du gouvernement a indiqué que cette situation menace la durabilité de plusieurs institutions et secteurs tels que le tourisme, les industries de composants aéronautiques, les pièces automobiles et les textiles. De plus, le taux de croissance négatif reflète, également, un manque dans les ressources d’Etat de plus de 5.000 millions de dinars. Il a souligné que l’endettement de l’Etat a atteint un niveau effrayant, estimé à 92 milliards de dinars, dont 60% de extérieure contre 30% en 2013, (lorsqu’il a occupé le poste du ministre des Finances) tout en affirmant que l’Etat œuvre à ne pas dépasser ce niveau de dette extérieure, lequel a augmenté en raison de la détérioration de la valeur du dinar, ce qui menace la souveraineté nationale.

Mais la question cruciale qui se pose : où vont les ressources de l’endettement ?

Une grande partie est utilisée pour le paiement du service de la pour rembourser les crédits déjà contractés. Une autre partie alimente le budget de l’Etat qui est chargé de payer les salaires des fonctionnaires. Des miettes restent pour les projets de développement dans les régions dont la réalisation est parfois retardée.

Le Chef du gouvernement a affirmé que l’Etat doit près de 8 milliards de dinars supplémentaires aux entreprises publiques (qui sont toutes en difficultés) et privées ainsi qu’aux caisses sociales.

Quoi qu’il en soit, Houcine Dimassi pense que la solution à tous ces problèmes réside essentiellement dans le changement du régime , sinon la situation économique ne changera pas d’un iota. Et d’expliquer : « Il faut opter pour des listes restreintes comprenant deux ou trois noms et sur deux tours. Actuellement, on constate une mosaïque de partis et le majoritaire a intérêt à ce que la situation reste telle quelle. Ainsi, des partis minoritaires gouvernent le pays parce que les élections se font à un seul tour. D’où l’importance de passer à deux tours pour choisir les représentants du peuple. Tant que le mode de scrutin politique reste le même, la situation économique ne changera pas et les réformes ne seront pas engagées ».