Hatem Kchouk: Le banquier qui sortait des clous

Hatem Kchouk: Le banquier qui sortait des clous

Depuis le jour où tu nous as quittés, beaucoup n’ont pas manqué de faire l’éloge du grand banquier que tu fus, et cela est incontestable. La majorité d’entre eux ne savent pas que tu as surtout été un grand boss. Ils savent pourtant qu’être un patron avéré et reconnu comme tel par ses collaborateurs est autrement bienplus difficile.

Comme tout personnage hors norme, tu as toujours fini par forcer le respect même si, avec tes idées souvent avant-gardistes, tu n’as pas toujours fait l’unanimité autour de toi: mais c’est la rançon des visionnaires qui s’expriment si simplement même sur les choses complexes.

En tant que manager, tu as été novateur avec un style paradoxal mais efficace ; il est fait de perspicacité et de conflit, de ruse et de naïveté, de parcimonie et de largesse, bref de Yin et de Yang, comme dirait l’autre…

Même si on te reconnaît un mode de qui restera inégalé, tu as eu le courage de débarquer dans une qui sortait du PAS et dont l’économie était exsangue. Malgré cela, tu as fait de l’ATB, cette modique agence oubliée de la rue El Jazira, la des professionnels pour des professionnels, comme tu te plaisais à le répéter à qui veut l’entendre et surtout à ceux qui ne voulaient pas le reconnaître. Sache que toutes celles et tous ceux qui y ont travaillé sont aujourd’hui très fiers d’avoir participé à ce merveilleux que tu as su porter avec tant de brio et de réussite!

Bien qu’étant ton aîné, j’ai beaucoup appris de toi, telle la solitude du patron devant la multitude des choix, on avait beaucoup échangé sur les conséquences du manque d’autorité « quel qu’en soit le prix » et ce qui se passe en depuis janvier 2011 te donne encore raison. Tu n’as jamais utilisé le aseptisé des politiques, ni le langage insignifiant des opportunistes : tu étais de ces réalistes qui visent toujours l’impossible. Je ne m’étalerai pas plus sur tes mérites car tu as toujours eu une sainte horreur des flagorneurs et autres flatteurs qui, me disais-tu fréquemment, sont inlassablement intéressés d’une manière ou d’une autre, et comme souvent, tu avais le flair de détecter les vrais des faux jetons.

N’en déplaise à certains, on ne peut pas parler de toi sans évoquer l’homme que tu as été : un sacré bagarreur derrière une mine de jeune premier mais qui s’est battu contre la routine et le fait établi. Tu étais à la hauteur de ton ambition, cette ambition qui t’a permis de livrer et gagner la plupart de tes combats, sauf le dernier, mais tel était ton destin.

Pour certains de tes proches collaborateurs devenus tes amis, tu auras été, pour le moins atypique parfois controversé. Mais à nos yeux, tu semblais te délecter dans ce rôle où tu étais tantôt charmeur, tantôt donneur de leçons, tantôt stratège innovateur, tantôt ingénu, du moins en apparence : à des degrés divers, tu étais comme cela avec nous, avec le personnel de la mais aussi avec les clients et avec les autorités monétaires et politiques. Encore le Yin et le Yang, comme dirait l’autre…

Malgré ou à cause de tout cela, tu as été celui qui a réalisé plein de choses avec une propension à bouleverser avec énergie les habitudes, tu as été celui qui sortait souvent des clous sans crainte des critiques ; c’est cette extravagance que j’aimerais garder de toi.

Tu vois, à mes yeux tu incarnes fidèlement la célèbre citation de Jules Claretie de l’Académie française qui disait en substance ceci : Tout homme qui dirige et qui fait des choses aura toujours contre lui ceux qui avaient voulu faire la même chose (mais qui n’ont pas réussi), ceux qui font précisément le contraire (par manque de perspicacité) et surtout la grande armée des gens qui ne feront jamais rien(la plupart n’essayent même pas).

Adieu Hatem Kchouk, Tu peux reposer en paix car tu as certainement laissé des émules.

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