Feuilleton « Fundou » de Saoussen Jemni : Un bon produit, mais qui s’étire en longueur…

Feuilleton « Fundou » de Saoussen Jemni : Un
bon produit, mais qui s’étire en longueur…
Le jeu d’acteur de Nidhal Saâdi est parfois dilué dans la lenteur des séquences et leur étirement. Une intrigue irréprochable mais pourquoi nous avons cette impression qu’il s’agit d’une bonne dizaine d’épisodes dissoute et effritée sur 21 ? Et puis il faut nous justifier ces nouveaux formats qui sortent sans raison aucune, alors qu’on était habitué aux 15 et aux 30 épisodes, laissant le spectateur dans le flottement durant le reste du Ramadan.

Une vingtaine de jours de séries dramatiques ramadanesques. Les producteurs buzzent comme ils peuvent autour des feuilletons et tous les efforts sont à saluer. On assiste parfois à des performances d’acteurs très louables, et ce, aussi bien dans «Fundou» que «Harga» ou «Awled El ghoul». Mais il a fallu entre cinq et sept jours de patience pour que nos dramatiques puissent installer leurs personnages et accrocher les téléspectateurs. Force est d’ admettre que ces feuilletons ne pèchent pas par leurs sujets mais plutôt par leurs traitements dont cet agaçant problème de rythme. Pourquoi aussi bien pour les réalisateurs que pour les monteurs, c’est si difficile d’entrer rapidement  dans la tête des téléspectateurs   ?

Aujourd’hui les téléspectateurs (surtout les jeunes) sont rompus aux séries étrangères qui fleurissent sur les plateformes et qui, elle, ont une autre respiration. Intéressons-nous à l’exemple de «Fundou» dans cet article. Le feuilleton traite du sujet de Yahya qui a écopé de vingt ans  de prison injustement. Ce n’est qu’après le cinquième épisode que ce feuilleton a atteint sa vitesse de croisière après avoir perdu beaucoup de temps dans l’installation  de ces personnages. Certaines séquences sont montées sans des clés de lecture… Manière cinéma ?… Télévision ? Nous avons  l’impression que la réalisatrice a envie de faire du cinéma parfois à l’intérieur de son feuilleton.  Pourquoi pas ? Mais le problème c’est que ça n’épouse pas  le rythme quelquefois… A titre d’exemple, la séquence de Yahia, à peine rentré de prison et qui pénètre dans sa chambre. Il  se souvient de son enfance. Une séquence bien filmée, mais elle s’éternise avec un Yahya qui rentre et qui sort.  Une séquence qui s’étire,  s’étire… Un personnage brisé ? Nous l’avons compris dès les premiers regards et gestes tellement Nidhal Saâdi l’exprime bien dans son jeu.  Sur un autre plan, pendant les premiers épisodes, la musique a dévoré carrément la narration, l’image et le jeu des acteurs à tel point qu’elle couvre parfois la voix des acteurs. Ce problème a été rattrapé dans les épisodes qui suivent. Cela dit «Fundou» est un feuilleton qui a du potentiel. Ce potentiel apparaîtra au fur et à mesure donc. Et si ce feuilleton arrive à accrocher, c’est vraiment grâce à ses acteurs ou à la direction de ses acteurs et en premier lieu Nidhal Saâdi, qui porte toujours sur lui l’objectif de la caméra. La réalisatrice a su créer et faire circuler l’énergie nécessaire entre les personnages principaux fortement «magnétisés» comme Nordo ou Yassine Ben Gamra et les autres acteurs de la nouvelle génération. Cela semble simple mais une erreur sur ce plan nous aurait sortis de toute la dynamique de la dramaturgie. Sur le plan de l’intrigue, jusque-là tout tient bon et le feuilleton arrive à nous vendre une fausse mèche qui conduit nos soupçons vers Mohamed Ali Ben Jemâa, le professeur de la victime. Mais à force de le souligner… On a vite compris qu’il faut chercher ailleurs. La fin du feuilleton, tout en révélant l’assassin, reste ouverte sur une possible saison, pourquoi pas, si on évite l’étirement de séquences où parfois l’excellent jeu de Nidhal Saâdi se dissout…