Festival des premières chorégraphiques: Les multiples voies de la danse

Festival des premières chorégraphiques: Les multiples voies
de la danse

Défi relevé par l’équipe d’«El Badil» qui a, durant ces quatre jours, réussi à faire bouger la scène de la danse et proposer au public une expression de l’intime et une géographie du corps. La danse est une question de territoire. Entre l’identitaire et le personnel, elle s’offre aux lectures et porte la marque de l’auteur.


Créer et imaginer des mondes différents et nouveaux est la direction artistique annoncée par ce festival et partagée avec les artistes de la programmation. « Chaque œuvre sera singulière de par son histoire, son esthétique et son paysage artistique, mais toutes nous invitent à nous déplacer, à nous retrouver et à voir le monde, les gens, et surtout les autres autour de nous avec plus d’empathie, plus de solidarité et plus d’amour.

Défi relevé par l’équipe d’«El Badil», qui a, durant ces quatre jours, réussi à faire bouger la scène de la danse et proposer au public une expression de l’intime et une géographie du corps. La danse est une question de territoire. Entre l’identitaire et le personnel, elle s’offre aux lectures et porte la marque de l’auteur.

Ce que ce festival des premières chorégraphiques offre est des plus précieux. C’est une radiographie de ce que la scène de la danse en Tunisie porte comme potentiel et dévoile les manquements et les lacunes.

La deuxième journée de ces rencontres a présenté deux propositions. Deux univers et deux approches. Ces orientations foisonnent, parmi tant d’autres et articulent le phrasé qui résume la danse comme métier, pratique et expression.

Pour Wafa Thabti, «Pas… Pas» est nuance, subtile, touche l’invisible et raconte tout en murmure, dans un travail à la lisière de l’installation et de la danse théâtre, quelque chose d’obscur. Il lui a fallu bien du courage pour se dévoiler ainsi, mettre à nu des émotions et des blessures qui sembleraient encore récentes.

Les tâtonnements, les maladresses et la fragilité exprimée n’ont pas spécialement entravé la lecture de cette œuvre. Elle cherche encore son langage, elle semble vouloir se vider d’un poids pour asseoir une vision plus claire. La danse comme expression est cathartique par excellence et Wafa Thabti en use pour se libérer. Pour un travail aussi personnel, voire en souffrance, la mesure se perd, la précision et la tonalité vacillent. Mais est-ce un passage obligé pour qu’une autrice naisse ? Certainement oui, mais un chemin reste à faire, pour apprendre à dépouiller et installer un langage plus intense et moins bavard.

Le second spectacle de la journée est signé Mad Pop. «Cheraa Yorgos» ou la rue qui danse est un patchwork qui nous porte vers les expressions traditionnelles entre la musique et la danse citadine des faubourgs de Tunis.

«El mezwed» comme musique identitaire de la marginalité se croise avec le phrasé du hip-hip occidental qui raconte l’urbain, son rythme, ses flâneries. C’est un langage du corps qui envahit la scène annoncée par une musique live qui nous vient des coulisses. 8 danseurs, ou plutôt 8 énergies intenses lancent un souffle puissant. Le corps des danseurs est habile, les mouvements viennent naturellement et même si la synchronisation fait défaut et rend l’ensemble boiteux, l’intensité du rythme, la dynamique du groupe, les images suggérées et même la naïveté de l’approche entre l’urbain, le traditionnel rendent ces 40 minutes de danse, un moment fort. Le bonheur de les voir danser, la force de leurs mouvements, l’appropriation de l’espace raconté, la maîtrise des codes de la rue, la masculinité débordante dans chaque geste ou mouvement font de «la rue qui danse» un spectacle bien corsé. Étonnants sont ces danseurs infatigables, impressionnants de fouge et de désir ; ils nous en mettent plein les yeux. Mais nous restons encore sur notre faim. Car nous retrouvons les mêmes handicaps qui entravent l’émancipation de nos danseurs, les mêmes manquements pour la création d’une trajectoire et d’une carrière. Nos danseurs sont, pour la plupart, des auteurs, l’écriture les interpellent et le besoin de raconter les ronge.

Les outils sont là mais les mettre en œuvres n’est pas chose facile. Le corps libéré et affranchi de toute règles et contrainte se cherche et se définit encore par défaut. En manque de pratique continue et régulière, de questionnement récurrent, de quête, de rencontre et de recherche perpétuelle dans le cadre d’un métier tant désiré et pas tout à fait imposé, ralentit et frustre tant de bonnes pâtes, des interprètes qui vivent une destinée incertaine et qui cherchent à tout prix d’exister.