« Deux poids, deux mesures » dans l’application des dispositions du confinement obligatoire : Quand un député met en danger la vie de ses collègues

« Deux poids, deux mesures » dans l’application
des dispositions du confinement obligatoire : Quand un député met
en danger la vie de ses collègues
Une récente affaire dévoilée par le indépendant Yassine Ayari a rouvert le débat concernant l’application des dispositions du confinement obligatoire, d’autant plus que certains commençaient à crier à des pratiques de «deux poids, deux mesures» lorsqu’il s’agit de l’application de cette mesure.

Si a pu contenir la crise liée à la propagation du coronavirus, certains manquements et failles, notamment au niveau de l’application des mesures barrières, sont à soulever. Décrétée depuis le début de la crise, la mesure du confinement obligatoire dans les centres spécialisés a été levée jeudi dernier, pour être remplacée par une simple présentation des résultats négatifs d’un test de dépistage.

Mais une récente affaire dévoilée par le indépendant, Yassine Ayari, a rouvert le débat concernant l’application de ces mesures, d’autant plus que certains commençaient à crier à des pratiques de « deux poids deux mesures » lorsqu’il s’agit du confinement obligatoire.

Tout a commencé lorsque Yassine Ayari, qui se veut lanceur d’alertes et qui s’est engagé dans la révélation de certaines affaires de et de conflits d’intérêts, avait épinglé son collègue à l’Assemblée des représentants du peuple du bloc d’Ennahdha, Moussa Ben Ahmed, concernant ce qu’il appelle le « non-respect » de ces mesures. En effet, à en croire la version de Yassine Ayari, Moussa Ben Ahmed aurait violé le confinement après son retour de Francfort, en Allemagne, et a repris normalement son travail au parlement. S’exprimant sur les réseaux sociaux, Yassine Ayari a même accusé le député en question « d’avoir mis en danger ses collègues ». Au vu de ce qu’il appelle des sanitaires, le député a expliqué qu’il a décidé de ne plus se rendre au parlement et de porter plainte contre l’élu en question pour mise en danger d’autrui.

Face à ces accusations, le d’Ennahdha Moussa Ben Ahmed a brisé le silence pour apporter quelques éléments de réponse à cette polémique, mais pour certains peu convaincants. S’exprimant dans des déclarations médiatiques, il a affirmé avoir passé une semaine de confinement dans un hôtel à Hammamet puis il a été autorisé à quitter le confinement suite à l’obtention d’un certificat, délivré selon ses dires par le ministère de la Santé lui permettant un « retour à la vie normale ».

Sauf qu’en , et depuis le début de la crise, toutes les personnes de retour de l’étranger devaient se soumettre à un confinement obligatoire de 15 jours dans l’un des centres spécialisés, donc il n’existe pas un confinement de seulement une semaine, une telle mesure allait être appliquée par le ministère de la Santé qui a renoncé finalement au confinement obligatoire pour les personnes arrivant de l’étranger. Interrogé sur ce fait, le a assuré que les personnes qui étaient de retour de Francfort avaient passé seulement une période d’une semaine de confinement. « Je suis juste revenu à mes activités et à la vie normale, quand la direction régionale de la Santé de Nabeul m’a donné l’autorisation », a-t-il ajouté en guise d’explication.

Qu’en pense le ministère ?

Revenant sur cette polémique, le directeur régional de la Santé à , Sami Rekik, a rappelé que pour alléger les mesures d’isolement médical, tous les résidents dans les centres spécialisés de confinement peuvent signer un engagement pour rester une seule semaine en isolement obligatoire et une autre semaine d’auto-isolement chez eux. Une mesure qui n’a pas été annoncée par le ministère de la Santé. Elle intervient dans le cadre de l’allégement des charges financières, l’Etat n’étant plus en mesure de prendre en charge toutes les personnes arrivant de l’étranger. Mais quoi qu’il en soit, le Moussa Ben Ahmed, qui était de retour en le 6 juin, n’a pas respecté les 14 jours de confinement, malgré une déclaration sur l’honneur, pour se rendre à l’ARP et mettre en péril la santé de tous ses collègues.

En Tunisie et depuis son application, le confinement obligatoire des personnes de retour de l’étranger était toujours lié à des manquements et des failles, notamment lorsqu’on évoque l’application stricte de cette mesure. En tout cas, l’article 312 du Code pénal relatif aux infractions intéressant la santé publique est clair à ce sujet : « Est puni de six mois d’emprisonnement et de cent vingt dinars d’amende quiconque aura contrevenu aux interdictions et mesures prophylactiques ou de contrôle ordonnées en temps d’épidémie ».

Le directeur régional de la santé préventive à Sousse, Mohamed Ghadbani, avait rappelé dernièrement que toute violation des procédures d’auto-quarantaine de la part des citoyens arrivant de l’étranger et ce jusqu’au 26 juin s’exposent à des sanctions et encourent une peine de 6 mois de prison et une amende de 120 dinars.

Les mesures d’isolement médical ou de confinement obligatoire imposées aux personnes arrivant de l’étranger ont été suspendues jeudi dernier. Ainsi, toute personne qui désire visiter doit présenter un certificat médical attestant qu’elle est Covid-19 négative, les résultats d’un test de dépistage de type PCR sont donc nécessaires pour entrer sur le territoire tunisien.