«Cruella» de Graig Gillepsie: Histoire d’une dérive

«Cruella» de Graig Gillepsie: Histoire d’une dérive

L’urgence covid-19 a interrompu temporairement la projection de ce film dans les salles de cinéma tunisiennes. Sa reprogrammation est prévue. Après une sortie phare effectuée simultanément partout dans le monde, «Cruella», le dernier film en date de Disney, est centré sur les origines d’un personnage tyrannique qui a profondément marqué la culture de la jeunesse «cartoonesque». Il se défait de sa version animée et prend vie d’une manière plus vraie que nature.

Pourquoi cette immersion dans l’enfance de «Cruella» sur grand écran peut ne pas faire office d’une simple adaptation pour enfants ? Le film, réalisé par Graig Gillepsie, est destiné certes à un public jeune, mais il véhicule effets spéciaux, trame dramatique, et valeurs et tares humaines.

Campé par Emma Stone, le personnage de «Cruella» a été esquissé à la manière d’une Harley Quinn, joué par Margot Robbie dans «Harley Quinn: Birds of Prey». La ressemblance entre les deux personnages issus de deux histoires distinguées, est tellement frappante qu’elle n’échappe pas au large public et critique. Même mimique, même discours, même physique et allure, même parcours semé d’embuches, même types d’épreuves dures de la vie et de ses aléas, racontés comme étant des difficultés indissociables à la vie et à la genèse d’un personnage maléfique. Composer ainsi un personnage est une manière de trouver une explication, voire de justifier le machiavélisme d’un personnage Disney foncièrement mauvais… mais qu’on fini par admirer.L’aspect dramatique et narratif de ses reboots rappelle également celui raconté dans le dernier «Joker » sorti en date et signé Todd Phillips dans lequel le «Joker », incarné par Joachin Phoenix, ennemi juré de Batman, a fini par être adulé par un large public à travers le monde.C’est dans un volet antagoniste au «101 dalmatiens » que le scénariste et réalisateur nous plonge : pari risqué et annoncé depuis 2013, mais finalement hautement relevé. Le point fort du long métrage est dans la construction de ce personnage, présenté de son enfance à l’âge adulte. Une période houleuse à travers laquelle on le voit dériver… Du gentil au méchant au dangereux. Cette façon de raconter cette histoire ne peut empêcher le spectateur de compatir avec un personnage mauvais. Dans le cas de «Cruella», c’est le fait qu’elle soit désignée coupable dès son enfance de la mort accidentelle (ou presque) de sa mère. L’autre point fort du film est bien son aspect esthétique signé Martin Foley. Le directeur artistique recrée des lieux splendides, plus vrais que vrais, en montrant une capitale londonienne colorée, pop-rock, authentique : loin des clichés à caractère touristique et parvient à ancrer profondément le spectateur dans des décors, issus de leur époque.

Qui dit époque dit choix musicaux très représentatifs : du pop-rock très british de Queen, Blondie ou encore Electric Light Orchestra, et des sonorités plus blues de Nina Simone ou The Bee Gees. Une sélection qui correspond également au milieu de la mode, univers du film. Nicholas Britell a chargé le groupe Florence + The Machine de composer le thème, «Call Me Cruella». Le point fort du film reste aussi les costumes qui reflètent cette effervescence liée à la mode, le talent juvénile de la petite Estella (avant de devenir Cruella) pour la couture et la haute couture.  Le film est destiné à toute la famille: il se présente comme étant divertissant, sympathique, à consommer… sans grande surprise.