Amine Khammassi: De la table de jugurtha à Chott El-Jérid, le réveil du patrimoine

Amine Khammassi: De la table de jugurtha à Chott El-Jérid, le réveil du patrimoine

Jamais le patrimoine culturel tunisien n’a fait l’objet  de tant de ferveur et d’attention que ces derniers mois. Depuis le 20 mai 2017, date de la commémoration du vingtième anniversaire de l’inscription de Dougga au Patrimoine mondial, le Ministre des Affaires Culturelles l’a clairement annoncé: «Depuis vingt ans, la Tunisie  n’a proposé aucun site ou monument pour l’inscription sur la prestigieuse liste de l’UNESCO…Il est temps de sortir notre patrimoine de sa longue léthargie et de relancer la dynamique patrimoniale»

Et depuis, ce fut la symphonie patrimoniale rythmée aux couleurs du territoire qui se joue en ranimanttous les espoirs.

Une nouvelle politique, fondée, non pas sur le monumental archéologique ou urbain, mais sur une approche novatrice, celle territoriale qui interpelle la chose patrimoniale dans ses multiples aspects et valeurs aussi bien naturels que culturels.

Mais le plus pertinent dans toute cette dynamique en marche, c’est la cohérence de la démarche qui en fait une politique conçue et mise en œuvre et qui annonce ses objectifs et sa méthode : doter le pays d’une ceinture patrimoniale continentale qui englobe la Table de Jugurtha, lieu de mémoire du vieux pays numide, Chott El-Jérid, berceau de la plus vieille civilisation oasienne en Afrique du Nord, la Route des Gsour avec son habitat troglodyte et ses greniers collectifs pour arriver à l’île de Djerba dont le dossier d’inscription sur la liste indicative fut remis à l’ordre du jour.

Une valeur commune lie ces ensembles territoriaux : dans tous ces cas, il s’agit d’un patrimoine vivant où la beauté des paysages fusionne avec les actions des hommes bâtisseurs de civilisation.  Le génie des hommes, créateurs des oasis, sculpteurs des montagnes, respectueux de l’environnement, sobres et endurants, se lit avec éclat et vigueur dans tous ces paysages culturels vivants choisis pour la promotion à l’international.

Une question légitime, pourquoi aujourd’hui et à quoi cette politique est adossée ?

Toute politique nouvelle en matière de patrimoine devrait se fonder sur une volonté politique clairement annoncée. Cette vérité est aujourd’hui un fait. Mohamed Zinelabidine le dit et le redit à l’occasion de chaque rencontre avec le public ou les médias «Nous devons doter notre pays d’une politique digne de la richesse et de la diversité de notre patrimoine…notre patrimoine, revisité et valorisé sera au fondement d’un développement durable et de notre projet culturel d’avenir…, l’enjeu patrimonial c’est surtout un enjeu de développement..etc.».

Ces mots aussi simples qu’éloquents  lancés du haut de la Table, au fond du Chott, et demain sur la colline de Byrsa qui attend l’activation de son plan de valorisation depuis tant d’années, fondent la nouvelle politique en cours.

Mais aussi une réorganisation des instruments d’élaboration et de mise en œuvre de cette nouvelle politique a  permis de réactiver et d’étoffer la direction générale du patrimoine, organe central d’élaboration des stratégies en la matière au sein du Ministère.

Le patrimoine étant aujourd’hui un enjeu sociétal, c’est toute la société qui est appelée à s’en charger pour bien s’en servir après. Et la nouvelle politique a su adopter la bonne démarche et la bonne méthodologie. En effet, le partenariat établi de façon presque spontanée avec l’Université et ses laboratoires a donné ses premiers fruits. Le dossier de candidature de la Table de Jugurtha solidement conçu et élaboré par des chercheurs universitaires, connaisseurs de l’histoire et du patrimoine a trouvé l’adhésion et l’admiration des grands experts de l’UNESCO. Fini le temps des cloisonnements des institutions aussi spécialisées soient-elles. Face à la complexité de la question patrimoniale, seule la convergence des compétences multiples est à même de relever le défi de la qualité des dossiers scientifiques exigés. La démarche est partout la même: des commissions scientifiques et techniques qui associent chercheurs de l’INP, de l’Université et des acteurs avertis de la société civile sont mises en place pour tous les sites objet des projets de valorisation.

Mais la société civile, représentée par les nombreuses associations régionales du patrimoine, de la culture et du développement a plus d’un rôle à jouer : soutenir, proposer et agir. Cela est acquis, du moment que la démarche annoncée est partenariale.

Jamais le patrimoine ne peut être valorisé et entretenu si la population et les groupes qui y vivent ne participent pas activement à cette œuvre ; cela fait partie des principes de base du bon usage du

patrimoine tels que définis dans les annales mêmes de l’UNESCO et de la politique de l’Etat tunisien qui a signé toutes les conventions culturelles de l’UNESCO.

Redonner une seconde et longue vie à nos sites, les inscrire dans un projet global du développement territorial et humain, agir et réfléchir, mobiliser et convaincre, voilà de quoi est faite la nouvelle politique du patrimoine de la Tunisie d’Aujourd’hui.

Amine Khammassi

Chargé de la communication des projets du patrimoine

Ministère des Affaires Culturelles

www.leaders.com.tn