A Kasserine: Il était une fois Ciné Chaâmbi

A Kasserine: Il était une fois Ciné Chaâmbi

Chaque projet est une aventure pénible, à en croire tous les entrepreneurs culturels qui s’activent dans les régions, le rêve les porte au plus loin, la bureaucratie les ramène à une dure réalité… ils se battent, certains abandonnent… mais la plupart s’accrochent et ne lâchent pas prise… c’est l’histoire de Ciné Chaâmbi, un rêve parmi tant d’autres.


C’est l’histoire d’un projet culturel dans un pays qui ne croit pas en la culture, ce sont les péripéties d’un rêveur qui a imaginé sa ville dotée d’un lieu de création. C’est aussi le destin de toute une région prise au piège entre contrebande et terrorisme.

Walid Khadhraoui, diplômé de l’Isad il y a une dizaine d’années rentre au pays —Kasserine— pour réaliser un rêve, le sien et celui des siens. Un lieu de création, d’échange et de culture qui manque terriblement à toute une région. Confronté à la rude réalité d’une bureaucratie lente et sclérosée, son projet tarde à prendre forme. «Mon rêve s’est très vite heurté à la nonchalance des autorités régionales et locales quant aux initiatives cultuelles. Un véritable désert qui ne semble pas les déranger. Notre région est fragile, en proie entre le terrorisme et la contrebande. La jeunesse est oisive, sans perspectives et l’action artistique est totalement absente. Je voyais mon rôle essentiel, je croyais que mon projet serait le bienvenu pour être un bouclier et un rempart contre l’endoctrinement et la culture de la mort», nous raconte Walid Khadhraoui, en référence à ses huit longues années à essayer de s’imposer et à défendre son projet.

Le Centre international des arts contemporains est lancé en 2012 grâce à un fonds suisse, la location de huit garages pour héberger ses activités était une manière de ne pas baisser les bras. Il a fallu aussi l’intervention du ministère de la Culture pour avoir l’autorisation d’exercer.

«Ciné Chaâmbi est l’ancienne salle de cinéma de la ville, fermée depuis des décennies et laissée à l’abandon.

Le locataire du café adjacent en faisait une extension à son activité. Il a fallu beaucoup de détermination et de ténacité pour arriver à un accord avec la municipalité de Kasserine pour la récupérer et entamer les travaux pour qu’elle devienne un lieu apte à accueillir les jeunes et   devenir un centre culturel polyvalent. Bien sûr, les fonds et le financement manquaient terriblement. Les banques ont refusé notre dossier pour un crédit, et les bailleurs de fonds demandaient un bail à long terme, que les autorités locales refusaient de nous accorder, comme garant de la pérennité du projet, même le ministère de la Culture était dans l’incapacité de nous accorder les aides habituelles pour les mêmes raisons», nous explique-t-il.

C’est au beau milieu d’un cercle vicieux que Walid Khadhraoui et son équipe se sont retrouvés. Un casse-tête administratif qui ferait baisser les bras des plus vaillants des entrepreneurs.

«Heureusement qu’il y a eu le fonds Tfannen et le financement de l’Union européenne qui ont cru en notre projet, pour que nous puissions avancer sur les travaux, la sécurité des lieux, l’aménagement et ouvrir les portes de Ciné Chambi, pour des activités tout en continuant à améliorer le local», raconte-t-il avec passion.

Une salle de 300 places, une scène aux normes professionnelles, une cave, des loges, ateliers… Tout ce qu’il faut pour une activité continue et diversifiée entre formations et spectacles.

En attendant que ce litige administratif se dissipe, que la question foncière s’arrange, qu’entre le ministère de la Culture et les autorités régionales un arrangement se fait pour que la Ville de Kasserine se dote enfin d’un lieu de culture, que sa jeunesse puisse vivre sur d’autres sons, sur d’autres images et d’autres paroles que celles de la peur et de la violence.